L'attente n'aura pas été longue: quelques heures après son discours en clôture de l'université d'été de Blois, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a annoncé aux députés de son groupe sa candidature à la primaire de le gauche en vue de la présidentielle.
"J'ai pris la décision de me présenter à cette primaire. Je l'annoncerai demain (dimanche) au 20H00 de TF1", a écrit le député de Seine-et-Marne. Il devra notamment affronter le député européen Place publique Raphaël Glucksmann, qui fait figure de favori.
C'était un secret de polichinelle. Olivier Faure, 58 ans, ne faisait guère mystère, ces derniers jours, de son intention de concourir au sein de la primaire de la gauche de l'arc social-démocrate, lancée par son parti et Place publique.
"J’ai beaucoup travaillé, j’ai beaucoup écouté, beaucoup réfléchi, je suis prêt", a-t-il confié au journal La Tribune Dimanche.
C'est la première fois que celui qui est à la tête du PS depuis huit ans, brigue l'Elysée. Il avait laissé la place à Anne Hidalgo en 2022, qui a réalisé le plus mauvais score de l'histoire du parti, avec 1,7% des voix.
M. Faure, qui a pris les rênes du parti au moment de la débâcle socialiste après le quinquennat de François Hollande et a "réancré le parti à gauche" selon ses soutiens, devra affronter au moins quatre candidats, dont les députés Jérôme Guedj et Philippe Brun, et l'ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal.
Mais il devra surtout l'emporter face à Raphaël Glucksmann, crédité dans les sondages de 10 à 15% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle.
Olivier Faure lui, plafonne entre 3,5 et 5%, quand il est testé. Encore peu identifié comme candidat potentiel, il va devoir convaincre son camp et plus largement l'électorat de gauche.
"Il sera effectivement dans une position de challenger" par rapport à Raphaël Glucksmann, admet une proche.
Un paradoxe, car Olivier Faure avait mis le pied à l'étrier de Raphaël Glucksmann, en le désignant tête de liste PS-Place publique aux européennes de 2019 -contre l'avis de ses opposants à l'époque- et en le reconduisant en 2022.
Mais depuis, l'eurodéputé, sur une ligne pro-européenne et anti-LFI affirmée, s'est plutôt tourné vers ses opposants, avec qui il s'est affiché vendredi à Blois.
Et celui qui est à la tête du PS depuis 2018 a été mis en minorité dans son parti pour la première fois en juillet, lors d'un vote des militants sur l'organisation de la primaire, qui semble avoir été taillée sur mesure pour son rival.
-"vote identitaire"-
Alors que M. Faure prônait une primaire ouverte à tous les sympathisants de gauche moyennant une somme de deux euros, les militants ont préféré une primaire "fermée" entre le PS et Place publique, accessible via une adhésion à 15 euros.
"Un frein certain" pour une arrivée massive d'électeurs, estime la même proche, qui veut cependant croire que "les chose sont plus ouvertes qu'elles n'y paraissent".
Si M. Glucksmann a engrangé plusieurs soutiens de ténors socialistes, les différents courants du parti ne sont "pas monolithiques", dit cette source, qui souligne aussi le caractère "identitaire" des militants, qui voudront voter "socialiste".
"Faure a voulu nous diluer dans une primaire avec les Ecologistes et les Insoumis. Il ne pourra pas récolter les fruits du vote identitaire", rétorque dans le camp adverse un proche de Boris Vallaud.
Sur une ligne de rassemblement de la gauche et des Ecologistes depuis qu'il a pris le parti en 2018, le premier secrétaire devrait poursuivre sur cette orientation et tabler sur l'envie d'unité du peuple de gauche.
Il entend ainsi jouer de sa proximité avec les Ecologistes et rappeler que les socialistes ne pourront pas partir seuls aux législatives, au risque de perdre de nombreux sièges.
Mais celui qui a fait le choix de la Nupes et du Nouveau Front populaire avec LFI pourrait aussi se retrouver attaqué sur "son ambiguïté" supposée avec les Insoumis, alors que Raphaël Glucksmann a déjà posé une barrière étanche avec la formation de la gauche radicale.
Le premier secrétaire va aussi devoir forcer son naturel peu expansif s'il veut se révéler au grand public, alors que la primaire se joue dans un mois et demi.
"Le destin d'Olivier Faure est entre ses mains et dans sa capacité à être un nouveau Olivier Faure", abonde un eurodéputé. Et montrer qu'il a "une nouvelle offre politique".
Le premier secrétaire publiera très prochainement, un livre intitulé "la loi du plus juste", thème de son discours à Blois.
G.Radhakrishnan--BD