Macron rend un dernier hommage à "Fanfan" Patriat, fidèle parmi les fidèles / Photo: OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP
Un concentré de décennat réuni en une église: Emmanuel Macron, entouré de tout l'arrière-ban de ses soutiens, a rendu mardi hommage au sénateur François Patriat, décédé le 19 août à l'âge de 83 ans, saluant la "fidélité" de celui qui fut un pilier de sa conquête du pouvoir en 2017.
On pouvait voir mardi matin dans la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois (Côte d'Or), d'une rangée à l'autre, ces personnalités qui ont formé les strates successives de la macronie depuis dix ans.
Et puis surtout, les marcheurs de la première heure, figures de la campagne victorieuse de 2017, ont répondu à l'appel pour honorer cet indéfectible appui d'Emmanuel Macron depuis le début d'une relation nouée en 2015.
"A chaque fois que je me suis retourné, François était là", a d'ailleurs souligné le chef de l'Etat dans son discours, devant le commando des débuts dont le commissaire européen Stéphane Séjourné, l'ex-secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, ou encore les anciens ministres Christophe Castaner et Julien Denormandie.
"Lorsque d'aucuns parlaient, il y a un peu plus d'une décennie, d'un nouveau monde politique, beaucoup furent surpris de voir ce sénateur qui avait déjà quelques décennies de vie politique en devenir le chantre, ou le porte-parole. Ce n'était pas tout à fait naturel, mais il l'a fait parce qu'il était libre et tout à la fois fidèle", a appuyé un Emmanuel Macron visiblement ému.
"Et là où beaucoup pensent que l'esprit de défaite a déjà gagné, lui, il se battait", a-t-il encore fait valoir.
- "Une vie de terrain" -
Présent sous les voûtes de cette église gothique, le président du Conseil constitutionnel Richard Ferrand a expliqué à l'AFP être "simplement venu saluer la mémoire d'un ami, d'un homme bien dont j'aimais les valeurs d'amitié fidèle et de solidarité".
Décédé des suites d'un accident de vélo survenu mi-juillet, M. Patriat avait pris la décision de ne pas briguer un nouveau mandat de sénateur en septembre, après 18 ans de présence au Palais du Luxembourg et 95 années de mandats cumulées au cours d'une longue carrière, de la mairie de Chailly-sur-Armançon à la présidence de la région Bourgogne.
Mais en privé, il confiait sa crainte que cet effacement politique ne précède de peu sa mort physique - souvent plaisantait-il sur la perspective de "rejoindre le cycle éternel du carbone".
Alors que s'achève le mandat d'Emmanuel Macron et que la course à la succession met au jour un camp central divisé, "c'est une part de l'aventure qui s'en va mais ne s'efface pas. Mais l'esprit demeure à travers ceux qui restent et à nous de le faire vivre", résume auprès de l'AFP un autre historique, l'ex-ministre de l'Agriculture Stéphane Travert.
Ancien socialiste, proche de Michel Rocard mais admirateur de François Mitterrand, secrétaire d'État au Commerce puis ministre de l'Agriculture du gouvernement de Lionel Jospin entre 2000 et 2002, François Patriat était réputé pour sa faconde et son caractère épicurien, entre chasse, oenologie et sport. Mais aussi pour sa simplicité née de son autre carrière, celle de vétérinaire en milieu rural durant laquelle il n'hésitait pas à écrire "votez Fanfan" sur les vaches qu'il venait d'accoucher.
"Sa vie (...) n'était pas une vie de dossiers. Non, c'était une vie au service des femmes et des hommes qu'il aimait. Une vie de connaissances, de terrain, qui se jauge au regard", a poursuivi M. Macron. A l'extérieur de la collégiale, une centaine de personnes suivent les obsèques célébrées par l'archevêque de Dijon Antoine Hérouard, échangeant leurs anecdotes sur celui que chacun nomme "Fanfan".
N.Sabharwal--BD