Le grand magasin parisien BHV Marais a annoncé mardi avoir demandé son placement en redressement judiciaire, une décision attribuée en partie à un différend avec son bailleur, le fonds canadien Brookfield, qui conteste fermement cette version.
L'emblématique enseigne du centre de la capitale, qui affirmait encore récemment ne pas être en cessation de paiement, est donc en faillite et a déposé mardi au Tribunal des activités économiques de Lyon un dossier pour être placé en redressement judiciaire.
Cette procédure vise selon la direction du BHV à "sécuriser son plan de relance" et "préserver l'activité et l'emploi".
Concrètement, un redressement judiciaire permet d'ouvrir une période d'observation de six mois, éventuellement renouvelable six mois, à l'issue de laquelle un plan de continuation doit être présenté au tribunal.
Pendant cette période, le grand magasin fondé en 1856 sous le nom de Bazar de l'Hôtel de Ville (BHV), restera ouvert, a souligné la direction de l'enseigne, à court de trésorerie et qui emploie 700 personnes selon des données de septembre.
Son président, Karl-Stéphane Cottendin, accuse notamment le bailleur Brookfield de ne pas avoir versé les indemnités dues en échange de la restitution de la moitié des murs.
Selon le BHV Marais, le projet de relance souhaité par la direction "s'appuie sur un plan d'investissement financé notamment par des indemnités contractualisées en échange de la restitution au bailleur, au printemps, de plus de la moitié du magasin", indemnités qui "n'ont pas été versées", est-il précisé dans le communiqué.
- Le bailleur réfute toute responsabilité -
"Ce qui manque aujourd'hui à ce magasin, c'est la trésorerie qui lui est due", estime Karl-Stéphane Cottendin, cité dans le communiqué.
D'après le BHV, l'absence de ces fonds a notamment empêché le réassort et le réaménagement du périmètre conservé a bloqué la relance.
L'enseigne a également évoqué "les émeutes qui ont frappé le centre de Paris ces derniers samedis, jusqu'au pillage du rez-de-chaussée du magasin" et qui "ont achevé de peser sur une trésorerie déjà contrainte".
Le propriétaire canadien des murs réfute toutefois ces accusations. "Brookfield dément catégoriquement devoir une quelconque somme au BHV à ce jour", a-t-il indiqué à l'AFP.
"Conformément au contrat de bail signé par les deux parties le 27 janvier 2026, le paiement des indemnités ne peut intervenir qu'à l’issue d'une restitution conforme des espaces - mise en conformité qui est à la charge du BHV. Cette obligation n'est en aucun cas remplie par le BHV à ce jour", ajoute le bailleur.
"Dire que la relance de l'activité du BHV dépend du bailleur des lieux inverse totalement la réalité des faits", estime Brookfield. "C'est l'inexécution des propres engagements du BHV qui conduit à la situation actuelle."
- "On s'y attendait" -
"On est tous décontenancés, même si on s'y attendait", a réagi mardi soir auprès de l'AFP une salariée du BHV qui a souhaité rester anonyme.
Le grand magasin traverse de nombreuses turbulences depuis plusieurs mois, et ses rayons étaient largement vidés.
Il a été plongé dans la polémique en raison notamment de l'ouverture en son sein, en novembre 2025, du premier magasin physique pérenne aux couleurs de Shein, plateforme asiatique accusée de détruire le commerce français.
Plusieurs marques avaient claqué la porte du BHV (Dior, Sandro, Guerlain, etc...) échaudées par des impayés ou mécontentes de l'arrivée de Shein.
Sept mois plus tard, Karl-Stéphane Cottendin avait lui-même reconnu lors d'un échange avec des journalistes de l'AFP que, loin d'avoir revigoré le grand magasin, cette "expérimentation" était "une erreur stratégique".
Le BHV relève mardi soir qu'un redressement judiciaire "gèle le passif antérieur et ordonne son traitement, sans oublier personne", et qu'il "protège les marques et les fournisseurs qui reviennent, payés à échéance et avec la priorité que la loi leur accorde". En outre, "il donne une autorité et un calendrier pour faire exécuter les accords signés par le bailleur et les inscrire dans le plan", insiste sa direction.
L'inspection du travail suspectait l'établissement, revendu à perte en juin par la SGM de Frédéric Merlin à certains de ses dirigeants, d'être en cessation de paiements, ce que contestait jusque-là la direction.
R.Altobelli--BD