Canal de Panama : la nouvelle administratrice n'écarte pas d'autres restrictions de passages à cause d'El Niño / Photo: ARNULFO FRANCO - AFP
Le canal de Panama n'exclut pas de nouvelles restrictions au transit des navires en raison de la sécheresse aggravée par le phénomène climatique El Niño, a déclaré sa nouvelle administratrice, Ilya Espino de Marotta, dans un entretien avec l'AFP.
La voie interocéanique, qui relie l'Atlantique au Pacifique et par laquelle transite 5% du commerce maritime mondial, a commencé à réduire progressivement le nombre de passages de 36 par jour à 32 à partir du 15 septembre.
Long de 80 kilomètres, le canal de Panama fonctionne principalement avec de l'eau de pluie, stockée dans les lacs artificiels de Gatun et Alhajuela, dont le niveau a baissé du fait de la sécheresse, qui se profile comme la plus intense jamais enregistrée.
Déjà, entre 2023 et 2024 les restrictions dues au Niño, dont les effets s'aggravent avec le changement climatique, s'étaient traduites par 2.700 passages de navires en moins.
Mme Espino de Marotta, une ingénieure de 64 ans et première femme à administrer ce canal construit par les Etats-Unis en 1914, espère ne pas avoir à prendre des mesures aussi restrictives. Mais elle souligne la nécessité d'un nouveau réservoir pour le fonctionnement du canal, où elle travaille depuis une quarantaine d'années.
Question: Quels sont les principaux défis pour le canal?
Réponse: Il y a le changement climatique et c'est pour cela que le projet du lac de Rio Indio est la priorité n°1. Nous voyons ce qui se passe en 2026 et voudrions terminer ce projet afin d'atténuer les conséquences sur les clients. Nous voulons (...) nous développer. Nous allons construire un gazoduc et deux ports.
Q: Quel est l'impact d'El Niño?
R: Nous sommes obligés de réduire le tirant d'eau des navires, qui de ce fait doivent être moins chargés. En 2023-2024, nous avions dû diminuer le nombre de passages pour ne pas gêner la consommation (d'eau) de la population. Moins de passages, moins de recettes.
Q: Il peut y avoir des restrictions similaires à 2023-2024?
R: Nous pensons que non (...) mais nous n'écartons pas le fait qu'en février ou mars, il faudra diminuer, probablement pas à 24 passages par jour, mais à 29 ou quelque chose d'approchant, cela pourrait avoir un impact.
Q: Cela affecte-t-il le commerce international?
R: La navigation peut être ajustée avec des bâtiments aussi grands que le permet le tirant d'eau que nous proposons. Avec moins de trafic, mais une charge plus importante, ils font des économies d'échelle et nous n'avons pas besoin de consommer plus d'eau.
Q: Les Etats-Unis, principal usager du canal, pourraient être affectés, selon des analystes.
R: Si c'est moins d'un an, il n'y aura aucune conséquence significative sur l'économie. Si cela durait cinq ou sept ans, je dirais que oui (...) Limiter le nombre de navires pendant quatre ou cinq mois n'aura pas nécessairement d'impact durable.
Q: Y a-t-il un risque que des armateurs s'en aillent?
R: Nous l'avons vécu en 2024. Le segment des vraquiers avait pratiquement disparu, mais il est revenu parce que la route du canal est très avantageuse (...). C'est pourquoi le projet du lac du Rio Indio est si crucial (...). Nous allons stocker suffisamment d'eau pour vivre avec El Niño, sans affecter le nombre de passages, ni la population.
Q: Mais ce nouveau réservoir ne sera pas prêt avant 2031 ?
R: Je ne peux pas raccourcir la période de construction. Nous inclurons probablement dans l'appel d'offres une clause stipulant que si l'entrepreneur livre avant la date prévue au contrat, il y aura un avantage. L'appel doit être lancé en 2027.
Q: Comment envisagez-vous la relation avec les États-Unis ?
R: J'espère que ce sera une relation cordiale, comme elle l'a été ces 25 dernières années.
O.Mallick--BD