La patronne de Radio France veut "des gens qui ne pensent pas la même chose" à l'antenne / Photo: Thomas SAMSON - AFP/Archives
La présidente de Radio France Sibyle Veil a assumé jeudi donner la parole à "des gens qui ne pensent pas la même chose", comme un responsable du magazine Valeurs actuelles, dont la chronique sur France Inter est à l'origine d'un préavis de grève les 13 et 14 septembre.
"Je comprends les réactions, les indignations (...) l'émotion sincère car le service public appartient à tout le monde", a lancé la dirigeante en ouvrant la conférence de presse de rentrée du groupe public.
"Mais le service public n'est pas un champ de bataille, il n'est pas non plus un champ neutre et aseptisé", a-t-elle ajouté.
Et de marteler: "c'est une maison ouverte, indépendante et impartiale, et on fait tenir sur la même antenne des gens qui ne pensent pas la même chose, à l'image de notre pays".
"On ne dirige pas un groupe de radio (...) en cochant des noms sur une liste", a aussi lâché Sibyle Veil, en égrenant les noms d'intervenants dont on lui a "demandé la tête", de Sophia Aram à Charline Vanhoenacker.
France Inter, première radio en audience, est en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée de Charles Sapin, nouveau directeur adjoint de la rédaction du magazine Valeurs actuelles, une décision justifiée par la direction au nom du "pluralisme" alors que s'ouvre une année présidentielle.
L'intersyndicale de Radio France a déposé un préavis de grève pour les dimanche 13 et lundi 14 septembre, demandant le retrait de sa chronique hebdomadaire.
Dans une motion adoptée à l'unanimité mercredi, les personnels du groupe public ont dit leur "refus catégorique" de l'arrivée de Charles Sapin à l'antenne, dont le magazine porte des valeurs non "compatibles" avec celles de Radio France.
La patronne de France Inter Céline Pigalle a rencontré une nouvelle fois jeudi matin les salariés de la station pour les convaincre du bien-fondé de ce recrutement.
Le directeur éditorial de Radio France, Vincent Meslet, a envoyé un message en interne, assurant que "si Valeurs actuelles devait retourner à ses démons, nous en tirerions les conséquences sans délai". "On ne condamne personne avant qu'il ait parlé. On ne passe rien après", a-t-il ajouté dans ce mail consulté par l'AFP.
Valeurs actuelles, magazine qui se revendique conservateur, a été plusieurs fois condamné en justice, notamment en 2021 quand il avait dépeint en esclave l'élue Insoumise à la peau noire Danièle Obono. Il était dirigé à l'époque par Geoffroy Lejeune, passé depuis au Journal du dimanche (JDD).
H.Majumdar--BD