Plombée par une perte nette abyssale de 406 millions d'euros en 2025, l'enseigne d'ameublement Maisons du Monde a annoncé vendredi avoir signé un protocole d'accord pour un plan de sauvetage prévoyant de céder son contrôle à deux fonds britanniques.
Ce refinancement, négocié avec les banques sous l'égide de conciliateurs, prévoit une refonte complète de la structure financière de l'entreprise nantaise, cotée en Bourse.
Il doit encore être validé par les actionnaires et la justice, mais s'il n'était pas finalisé d'ici le 15 septembre, Maisons du Monde prévient dans un communiqué qu'elle serait dans l'obligation de solliciter l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire.
L'accord a été scellé avec un consortium de deux sociétés basées à Londres: Alteri Investors, un fonds spécialisé dans le commerce de détail en Europe, et le gestionnaire de fonds Eicos Investment Group.
Outre des financements en cash de 33 millions d'euros, ces deux sociétés prévoient de racheter plus de 210 millions d'euros de dette existante auprès des banques. Cette dette sera ensuite intégralement convertie en actions par le biais d'une augmentation de capital.
A terme, les deux sociétés britanniques pourraient posséder quelque 95% du capital de l'entreprise.
- Course contre la montre -
Le consortium a précisé qu'il n'envisageait pas, dans les douze mois suivant la restructuration, de sortir l'entreprise de la Bourse de Paris.
Maisons du Monde, dont les ventes reculent depuis 2022 dans un secteur très fragilisé, a besoin de liquidités.
Si cet accord venait à être finalisé, il pourrait permettre au groupe de "sécuriser son avenir", a indiqué à l'AFP son dirigeant François-Melchior de Polignac.
L'entreprise doit encore obtenir le feu vert du tribunal de commerce de Nantes et le vote favorable de ses actionnaires lors d'une assemblée générale, exceptionnellement reportée au 27 juillet.
Faute d'approbation, un redressement judiciaire "aboutirait très certainement à la perte totale de leur investissement par les actionnaires", prévient Maisons du Monde.
- Un marché à la peine -
La chaîne de meubles et de décoration avait reporté mi-avril la publication de ses résultats annuels, ce qu'elle justifiait par des discussions en cours pour trouver de nouveaux investisseurs.
Elle indique vendredi dans un communiqué avoir enregistré une lourde perte de 406 millions d'euros sur l'année, en grande partie due à des dépréciations d'actifs comptables, dites "non-cash", d'environ 350 millions d'euros.
Ces pertes, qui n'affectent pas la trésorerie disponible de l'entreprise, s'expliquent notamment par la réduction de son réseau logistique et le recul de la valeur immatérielle de l'enseigne et de sa marque.
Sur le plan commercial, les ventes du groupe ont baissé de 5% en 2025 pour s'établir à 947 millions d'euros, dans un marché globalement en recul.
Au premier trimestre 2026, elles ont continué de reculer, mais moins rapidement (-2,8% à périmètre comparable). Le groupe souffre surtout au niveau de ses ventes en ligne: elles ont chuté de 10% au premier trimestre 2026. Ses magasins physiques résistent mieux, avec des ventes stables sur le trimestre (-0,2% sur un an).
Pour les marques d'ameublement, l'euphorie du déconfinement post-Covid est déjà loin. Entre un immobilier qui ne repart pas et une concurrence asiatique (notamment Temu) de plus en plus féroce, les ventes n'en finissent plus de reculer, poussant plusieurs enseignes déjà fragilisées à mettre la clef sous la porte.
Après Casa en 2025, la contraction de la demande a été fatale à Alinea, placé à son tour en liquidation judiciaire fin mars, entraînant le licenciement de près de 1.200 salariés.
Les enseignes doivent faire face à la concurrence de géants comme Ikea ou But-Conforama, dotés de réseaux beaucoup plus denses et plus agressifs sur les prix.
Sur le marché de la décoration du quotidien, le groupe affronte également l'expansion fulgurante des enseignes de bazar discount comme Action.
C.Jaggi--BD