La visite du pape dans un lieu dédié aux personnes exilées est un "message", à quelques mois de la présidentielle en France, "pour dire qu'il faut faire preuve de charité", se félicitent les responsables de la Maison Bakhita à une semaine de recevoir Léon XIV.
Algérien, Afghan, Biélorusse, Irakien et Ivoiriennes, musulmans ou chrétiens, ils seront six à rencontrer le souverain pontife lors de son déplacement samedi prochain dans les locaux de l'association du diocèse de Paris fondée à la suite de l'appel à "accueillir, protéger, promouvoir et intégrer" les étrangers, lancé par le précédent pape François en 2017.
Engagée dans l'accompagnement des exilés, qu'ils soient avec ou sans papiers, la Maison qui porte le nom d'une esclave soudanaise devenue religieuse puis canonisée, voit dans cette visite "une reconnaissance de son action" en faveur de l'accueil inconditionnel des migrants.
"Ce n'est pas anodin. En cette année qui s'annonce chahutée en France, face aux difficultés financières et aux réponses simplistes et brutales qui touchent les personnes exilées, le pape vient dire aux Français que, quelles que soient nos convictions politiques, nous avons en commun d'être tous des êtres humains et le droit à la dignité", souligne la présidente de l'association Valérie Moniod.
A sept mois de la présidentielle, alors que plusieurs candidats font de la maîtrise de l'immigration un sujet central, Léon XIV, à l'instar de son prédécesseur François, vient "réaffirmer", "qu'accueillir les personnes venues d'ailleurs (...) fait partie de la doctrine sociale de l'Eglise", partage la directrice de la structure Isabelle Cauchois.
Si la visite ne devrait pas dépasser 30 minutes, "c'est un symbole fort", abonde Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions, soulignant que le pape "est très attendu" sur la question.
- Des personnes avant tout -
Petit-fils d'immigrés, le pape américain aux origines cosmopolites a pris à plusieurs reprises la défense des migrants depuis le début de son pontificat en mai 2025.
S'il paraissait presque effacé au début, comparé au franc-parler du pape François qui n'hésitait pas à adresser de vives remontrances aux Européens opposés à l'arrivée de migrants et à fustiger les leaders populistes, Léon XIV s'est affirmé en critiquant notamment la sévère répression de l'immigration aux États-Unis.
Le jour de la fête nationale américaine, le 4 juillet, il s'est rendu sur l'île italienne de Lampedusa, l'un des principaux points d'entrée en Europe pour ceux qui tentent la dangereuse traversée de la Méditerranée depuis l'Afrique. Il avait alors appelé à la tolérance et à la protection des migrants vulnérables, dont beaucoup perdent la vie au cours de leur périple.
Un mois plus tôt lors d'un voyage aux Canaries, il avait également rappelé aux sociétés qui les accueillent leurs "devoirs", notamment celui d'aider autrui à "se sentir partie vivante d'une communauté" et appelé les migrants, sans "effacer (leur) histoire", à "apprendre la langue" du pays d'accueil.
Face aux journalistes devant sa résidence de Castel Gandolfo en novembre 2025, Léon XIV avait néanmoins rappelé "que chaque pays a le droit de déterminer qui entre sur son territoire, comment et quand".
"L'expression est plus prudente (que celle du pape François), mais il n'y a pas de décalage" sur le sujet, estime Charles Mercier, directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études (EPHE).
Léon XIV "a choisi de prolonger le projet de François tout en mettant sur le devant de la scène d'autres thèmes, mais je ne pense pas qu'il faille l'interpréter comme une volonté de secondariser cet enjeu", selon le chercheur.
A la Maison Bakhita, où le chef de l'Eglise arpentera les couloirs aux murs ornés du verset de saint Matthieu "J'étais un étranger et vous m'avez accueilli", on interprète cette visite comme un "message" pour dire qu'on est "avant tout devant des personnes quand on parle de migrants et pas de problèmes".
Le pape nous témoigne de "son amour, sa simplicité et sa bienveillance", estime la Congolaise Bernisse Ngoma, accompagnée par l'association à son arrivée en France et depuis bénévole.
K.Williams--BD