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"De la honte et de la colère" : Emmanuel Macron a promis dimanche la fermeté contre les auteurs des violences en marge des manifestations de samedi, mais aussi "la transparence" sur le dispositif de maintien de l'ordre, alors que de nouvelles tensions ont éclaté dimanche à Paris et à Lyon.
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"Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte", a déclaré le président de la République dans une allocution d'une dizaine de minutes diffusée dimanche soir, au lendemain d'une journée de débordements en marge de manifestations contre "la vie chère", après plusieurs semaines de mouvements dans les lycées.
M. Macron a dénoncé "des factieux issus de groupuscules d'ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants", qui "se sont livrés à une violence débridée dans nos villes". Mais "jamais nous ne devons confondre" les manifestants aux "revendications légitimes" avec "ceux qui ont détruit, cassé, pillé", a-t-il ajouté.
Le chef de l'État a également promis "la transparence" quant à la stratégie de maintien de l'ordre employée samedi, demandant au gouvernement et notamment "au ministre de l'Intérieur" Laurent Nuñez de "tirer toutes les leçons" et disant attendre "des réponses claires".
L'exécutif est fortement critiqué, plusieurs dirigeants d'opposition demandant la démission du locataire de Beauvau. Jusque dans le bloc central, où Édouard Philippe a dit attendre "des réponses" sur le niveau de renseignement et du dispositif de maintien de l'ordre.
- "Condamner sans ambiguïté" -
M. Macron a appelé les "partis politiques", mais aussi les "organisations professionnelles et syndicales à condamner sans ambiguïté" les violences et a insisté sur la proximité de l'élection présidentielle, dans six mois exactement.
Les violences autour des manifestations de samedi ont donné lieu à 2.397 interpellations, avec 997 policiers et gendarmes blessés dont 7 graves, selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur.
Le candidat des Républicains (LR) à l'Elysée Bruno Retailleau a demandé à M. Macron de décréter "l'état d'urgence", "sans délai".
Jean-Luc Mélenchon (LFI) l'a appelé à ne pas jouer "le pourrissement" et à répondre aux revendications des manifestants, car la jeunesse "a besoin qu'il y ait une bonne fin à cette séquence".
Aucune annonce concernant ces revendications (lutte contre la vie chère, défense des services publics...) n'a été faite à ce stade par le chef de l'État. Mais le Premier ministre réunira prochainement partis politiques, syndicats, collectivités et parlementaires au cours de plusieurs réunions, a-t-il annoncé.
Épicentre de la mobilisation parisienne et des heurts de samedi, la place de la République a été de nouveau le théâtre d'affrontements dimanche après-midi avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
Des magasins ont également été pillés dans le quartier, où la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déployée pour le deuxième jour d'affilée.
Éclipsant comme ailleurs les revendications sur le pouvoir d'achat et le mal-être de la jeunesse, plus de 30.000 pilleurs ont été dénombrés dans la seule ville de Marseille par la préfecture. Le maire Benoît Payan (DVG) avait dès samedi "demandé des comptes" sur les insuffisances du dispositif policier.
"Nous vivons une crise profonde de confiance, d'autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie", a affirmé Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à la présidentielle.
- Colère et désolation -
Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Dans les nombreuses villes touchées par les violences, l'heure était au bilan, à la désolation et parfois à la colère. "C'est lamentable, effarant, des meutes de jeunes qu'on a vues hier ici, qui pillent, qui cassent en toute impunité", a déploré Cécile Rogue, 57 ans, à Paris.
Même sentiment devant la mairie de Limoges, dévastée par les flammes. "Mes enfants se sont mariés ici, ça fait mal au cœur", confie Jean-Louis, un riverain retraité. "On peut avoir des revendications sans tout casser". Quelque 7.000 personnes, dont de nombreux élus, se sont rassemblées dimanche dans la ville pour exprimer leur émotion.
Dans toute la France, pas moins de 1.500 commerces ont été pris pour cible samedi, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), évaluant les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".
Habitué des grandes mobilisations, le pays a déjà connu des épisodes de violences avec les gilets jaunes en 2018-2019, les émeutes provoquées par la mort de Nahel en 2023 ou les manifestations contre la réforme des retraites la même année.
Mais la journée de samedi marque, selon certains observateurs, un point de bascule.
- "Risque pour la Nation" -
La mobilisation a été "plus importante que les prévisions" obligeant à adapter "le dispositif en temps réel", a admis le préfet du Nord Bertrand Gaume.
Une commission d'enquête parlementaire sur les violences sera créée et portera également sur la stratégie de maintien de l'ordre, a annoncé la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance).
En attendant, l'Association des maires de France (AMF) a appelé à des rassemblements lundi devant les mairies pour alarmer d'un "vrai risque pour toute la Nation".
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger. "La France brûle", a écrit le président américain Donald Trump, estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.