La justice ferme une plateforme d'échanges de photos intimes volées à des milliers de femmes / Photo: Ishara S. KODIKARA - AFP/Archives
Extorquées, piratées sur les réseaux sociaux ou échangées entre prédateurs : la justice a frappé un coup en France et aux Etats-Unis contre le trafic d'images intimes volées, en fermant la plateforme NudeLeakTeens, qui aurait fait plus de 17.000 victimes dans le monde, dont des mineures.
Annoncée de manière synchronisée des deux côtés de l'Atlantique, l'opération a notamment conduit à l'arrestation mardi dans le nord de la France des deux administrateurs présumés de la plateforme, deux frères âgés de 21 et 25 ans, a précisé le parquet de Paris dans un communiqué.
Sur trois sites internet différents, "la plateforme proposait à la vente des packs de contenus intimes volés, provenant de diverses sources" : piratage informatique de comptes de réseaux sociaux, "grooming" (piège tendu en ligne par un adulte à un mineur), "revenge porn" (diffusion non consenti d'images intimes par vengeance).
Les femmes sont pour certaines mineures, et de toutes nationalités, a précisé la procureure de Paris, Laure Beccuau. NudeLeaksTeens signifie "fuite d'images intimes d'adolescentes" en anglais.
"Les utilisateurs du site étaient incités, contre récompense en monnaie virtuelle, à fournir des informations d’identification de chaque victime, recensée individuellement sous leur vrai nom, indexée par âge, lieu de résidence, métier et niveau de +beauté+ noté sur 10", a-t-elle ajouté.
- Snapchat ou Tiktok piratés -
Le département américain de la Justice a précisé de son côté, dans un autre communiqué, que la plateforme mettait en vente différents "albums" ou "collections".
Leur contenu pouvait varier mais "comportait souvent des informations personnelles permettant d’identifier les victimes, des images de victimes plus ou moins dénudées, ainsi que des images d'actes sexuels", précise-t-il. Certaines victimes ont été identifiées et les enquêteurs ont pu confirmer qu'elles étaient mineures au moment de la prise de vue.
Le site vantait également une collection d'images censée receler "6.200 images intimes privées d'adultes et adolescents, principalement Américains, venant de comptes Snapchat, Instagram, TikTok et Facebook piratés". Certaines étaient à caractère pédopornographique, ajoute la justice américaine.
"Derrière chaque contenu intime volé et diffusé, il y a une victime. (...) L’impunité en ligne n’est pas une fatalité", a commenté sur Linkedin Johanna Brousse, la cheffe de la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, qui a chapeauté le volet français de l'enquête.
Le trafic semblait rémunérateur : chez les deux frères interpellés, les enquêteurs français ont saisi pour quelque 700.000 euros de monnaie virtuelle dont des Bitcoin, Litecoin, USDT et Ethereum, a précisé le parquet de Paris.
"Les personnes victimes de la diffusion non-consentie de contenus intimes sur la plateforme NudeLeaksTeens, françaises ou étrangères, sont invitées à contacter l’Unité nationale cyber, à l’adresse [email protected]", a indiqué la procureure de Paris.
En France, l'enquête confiée à l'unité cyber de la gendarmerie nationale, porte notamment sur les infractions suivantes : détention et diffusion en bande organisée de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique, blanchiment, fourniture d'une plateforme en ligne à des fins illicites ou atteinte à la vie privée.
A la place de leur contenu illicite, les trois sites internet fermés affichent désormais une page noire, barrée d'un avertissement en anglais et des logos des services judiciaires et d'enquête, dont le FBI américain et l'Unité nationale cyber de la gendarmerie nationale, a constaté l'AFP mercredi.
T.Deshpande--BD