Les dirigeants du G7 se retrouvent en visioconférence vendredi pour tenter de se coordonner face à la flambée des prix des carburants, en plein bras de fer entre Washington et l'Union européenne.
Le président français Emmanuel Macron préside à partir de 14H30 (12H30 GMT) cette réunion consacrée à la crise énergétique, a annoncé l’Élysée.
Pour soulager le marché mondial, le gouvernement américain presse l'Europe de puiser dans ses stocks d'urgence de gazole, et menacerait même d'interdire ses exportations de carburants vers l'UE en cas de refus.
Une telle interdiction "porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable", a averti une porte-parole de la Commission européenne, Anna-Kaisa Itkonen.
L'UE est en revanche "prête à une action collective" avec l'Agence internationale de l'énergie pour décider ou non de puiser dans les stocks stratégiques des États, comme cela avait été fait en mars dernier.
Tout au long de la journée, les réunions se sont enchainées dans la capitale européenne. Une première a eu lieu dans la matinée entre experts des Vingt-Sept, avec sur la table une proposition française pour puiser dans les stocks, selon des participants. Des diplomates représentant les États membres se retrouvent aussi dans l'après-midi pour un point de situation.
Côté français, Emmanuel Macron a eu Donald Trump au téléphone dans la nuit de jeudi à vendredi. Il "a souligné que les pays du G7 avaient un intérêt commun à agir de manière concertée, sans restriction aux exportations", a indiqué l'Élysée.
Le gouvernement allemand a pour sa part appelé à des "solutions coordonnées" afin de "ne pas perturber davantage" les marchés.
Washington accuse l'Europe de ne pas en faire assez.
En mars dernier, les États membres de l'Agence internationale de l'énergie, dont ceux de l'UE, avaient promis de libérer progressivement 400 millions de barils de pétrole, prélevés dans leurs stocks stratégiques, mais tous n'ont pas encore été mis sur le marché.
"Nos partenaires européens devraient accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles", a écrit sur X le ministre américain des Finances Scott Bessent.
- Prix record -
Son collègue de l'Énergie, Chris Wright, a estimé auprès de Fox News que "l'Europe [pouvait] elle aussi contribuer à améliorer la situation". "Il est temps de procéder à une mise sur le marché coordonnée des stocks de gazole" à l'approche de l'hiver, a-t-il ajouté.
Le ton est plus pressant que celui employé par M. Trump. Lors d'un déplacement au Texas, le président américain a dit jeudi qu'il "pourrait" demander aux Européens de puiser dans leurs réserves de gazole.
La coupure des approvisionnements américains serait une catastrophe pour l'UE, car 50 % du gazole importé par les Vingt-Sept provient des États-Unis.
Les attaques ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques russes et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran pénalisent grandement la production mondiale de gazole, bien que les raffineries situées ailleurs dans le monde tournent à plein régime pour transformer le pétrole brut en carburant.
L'inflation dans la zone euro a grimpé en septembre à un nouveau sommet depuis trois ans (à 3,8 %), en raison de la flambée des prix de l'énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Dans l'UE, le prix à la pompe du gazole vient d'atteindre un nouveau sommet historique avec une moyenne hebdomadaire de 2,24 euros le litre.
Aux États-Unis, ce carburant a atteint fin septembre le niveau record de 6,53 dollars le gallon (3,78 litres).
"Les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américaines ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de gazole", a jugé jeudi Scott Bessent.
Mardi, la Commission européenne avait déjà fait un geste en direction des géants des hydrocarbures et de Washington, en proposant de reporter d'un an sa loi contre les émissions de méthane, un gaz à effet de serre extrêmement polluant.
Ce texte était combattu par les États-Unis et son probable report suscite l'indignation des organisations environnementales.
F.Mahajan--BD