Ebola en RDC: "Vous n'êtes pas seuls", assure le chef de l'OMS, attendu à Kinshasa / Photo: Fabrice COFFRINI - AFP/Archives
En route pour Kinshasa, le chef de l'OMS a assuré aux habitants de la République démocratique du Congo (RDC), touchée par une nouvelle épidémie de fièvre hémorragique Ebola, qu'ils n'étaient pas "seuls", appelant à agir "maintenant" et "ensemble" pour la surmonter.
"Je veux que vous sachiez que vous n'êtes pas seuls", a écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus dans une lettre ouverte adressée à la population du vaste pays d'Afrique centrale, où il doit atterrir jeudi soir afin de superviser la réponse à l'épidémie qui sévit dans l'est du pays.
La RDC a déjà "vaincu Ebola à 16 reprises", a-t-il rappelé plus tôt sur X. "La 17e fois ne fera pas exception. Mais nous devons agir maintenant, ensemble".
Provoquée par le variant Bundibugyo du virus, pour lequel il n'existe ni traitement spécifique ni vaccin, l'épidémie a été déclarée le 15 mai en Ituri, province du nord-est de la RDC, qui compte plus de 100 millions d'habitants et figure parmi les plus pauvres nations du monde.
Des cas ont depuis été enregistrés dans deux autres provinces de RDC (Nord et Sud-Kivu) ainsi qu'en Ouganda, pays voisin, où sept infections confirmées, dont une mortelle, ont été recensées.
Plus de 1.000 cas suspects - dont 223 décès - ont été enregistrés jusqu'ici par l'OMS, qui a déclenché une alerte sanitaire internationale, mais l'ampleur réelle de l'épidémie n'est pas encore connue et les autorités sanitaires internationales estiment que les chiffres actuels sont probablement sous-estimés.
"Je sais que beaucoup d'entre vous sont épuisés", écrit le chef de l'OMS dans sa lettre. "Vous portez déjà tellement: le paludisme, la faim, l'insécurité, et la lutte quotidienne pour assurer la sécurité de vos familles. Et maintenant Ebola. Ce n'est pas juste, et je ne prétendrai pas le contraire", a-t-il ajouté.
Tedros Adhanom Ghebreyesus doit se rendre vendredi en Ituri, où la riposte tarde à s'organiser. Cette région enclavée est ravagée depuis des années par les violences de groupes armés, rebelles islamistes des ADF ou milices communautaires en conflit.
Le groupe armé antigouvernemental M23, appuyé par l'armée du Rwanda voisin, a de son côté progressivement pris depuis début 2025 le contrôle de larges territoires des Nord et Sud-Kivu, eux aussi théâtre de violences quasi-ininterrompues depuis plus de 30 ans.
D'intenses combats sont signalés ces derniers jours dans ces deux provinces entre forces gouvernementales et M23.
- Cessez-le-feu -
Tedros Adhanom Ghebreyesus a de nouveau appelé à un cessez-le-feu, "même temporaire".
"Aucune cause, aucun conflit, aucun grief ne vaut la peine de condamner des innocents à mourir d'une maladie évitable", a estimé le chef de l'OMS.
"Je vous en supplie, je vous en implore: donnez-nous l'espace pour aider les personnes qui en ont le plus besoin", a-t-il dit à l'endroit des belligérants.
Mercredi, l'Ouganda voisin a temporairement fermé sa frontière avec la RDC "vu l'aggravation continue de l'ampleur de l'épidémie".
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a de son côté assuré mercredi que les Etats-Unis ne laisseraient "pas un seul cas d'Ebola entrer" dans le pays.
Le pays veut ouvrir au Kenya un centre de quarantaine pour les cas suspects ou avérés d'Ebola, essentiellement des Américains, a confirmé un responsable sous couvert d'anonymat.
Un ressortissant américain ayant contracté le virus Ebola en RDC a été hospitalisé dans une unité spécialisée à Berlin, ainsi que son épouse et ses quatre enfants, considérés comme cas contacts. Son état est "stabilisé" selon l'hôpital mercredi.
Vendredi dernier, l'OMS a relevé son évaluation du risque pour la santé publique en RDC d'"élevé" à "très élevé", le niveau maximal, tout en continuant pour l'instant de considérer ce risque comme "élevé" au niveau régional et "faible" au niveau mondial.
La plupart des épidémies ayant touché la RDC étaient dues à la souche Zaïre d'Ebola, la seule pour laquelle il existe un vaccin.
Le virus a tué plus de 15.000 personnes en Afrique ces 50 dernières années. L'épidémie la plus meurtrière en RDC avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades entre 2018 et 2020.
K.Williams--BD