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Le président bolivien Rodrigo Paz a annoncé mercredi un remaniement ministériel après plusieurs semaines de manifestations réclamant sa démission, lors d'une journée de relative accalmie à La Paz, épicentre de la contestation.
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Depuis trois semaines, paysans, ouvriers, mineurs et autres travailleurs mettent sous pression le chef de l'Etat, au pouvoir depuis à peine six mois, à travers des manifestations et des barrages routiers, alors que le pays traverse sa pire crise économique depuis quatre décennies.
"Nous devons réorganiser un gouvernement capable d'écouter", a déclaré M. Paz lors de sa première apparition devant la presse depuis une semaine, tout en excluant tout dialogue avec les "vandales".
Intervenant devant l'Organisation des Etats américains (OEA), le ministre des Affaires étrangères Fernando Aramayo a accusé certains groupes, à travers les manifestations, de chercher à affaiblir le gouvernement et à porter atteinte à "l'état de droit".
Agitant des drapeaux indigènes, des centaines de paysans aymaras et des transporteurs ont défilé dans le calme à la mi-journée dans la capitale administrative.
Environ 200 manifestants ont temporairement bloqué l'accès à l'aéroport d'El Alto, qui dessert La Paz, sans que la police n'intervienne.
Le principal syndicat du pays, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), a annoncé pour jeudi de nouvelles marches vers La Paz.
Le gouvernement affirme que les manifestations sont orchestrées par l'ancien président socialiste Evo Morales, visé par un mandat d'arrêt dans une affaire de traite présumée d'une mineure, accusations qu'il conteste.
Depuis 2024, le dirigeant cocalero vit retranché dans le Chapare (centre) protégé par ses partisans.
Au moins 44 points de blocage sont signalés dans tout le pays, selon les autorités, provoquant des pénuries de denrées alimentaires, mais aussi de carburant et de médicaments à La Paz, dont les principaux accès sont bloqués.
"Les barrages affectent tout le monde, sauf les riches (...). Nous, les gens qui n'avons pas d'argent, nous ne mangeons plus de viande", se lamente Julio Pérez, un ancien chauffeur de 82 ans.
- "Corridor humanitaire" -
Le gouvernement a mis en place un pont aérien depuis Santa Cruz (est) et Cochabamba (centre), afin d'approvisionner la ville. Il a également annoncé un prochain "corridor humanitaire" visant a dégager les routes pour laisser passer les convois de marchandises.
La Bolivie traverse sa plus grave crise économique depuis les années 1980. Le pays a épuisé ses réserves de dollars pour maintenir les subventions aux carburants, supprimées en décembre, tandis que l'inflation sur un an a atteint 14% en avril.
Dans ce climat de fortes tensions, la diplomatie bolivienne a indiqué mercredi expulser l'ambassadrice de Colombie, Elizabeth Garcia, accusant le président Gustavo Petro d'"ingérence directe" dans les affaires intérieures du pays.
En réponse, la Colombie a annoncé quelques heures plus tard l'expulsion de l'ambassadeur bolivien, "par réciprocité".
Gustavo Petro avait qualifié les protestations d'"insurrection populaire" et déclaré mercredi à la radio colombienne Caracol que la Bolivie était en train de "basculer vers des extrémismes".
Mercredi, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a apporté son soutien au gouvernement de Rodrigo Paz, nouvel allié de Donald Trump dans la région, affirmant sur X que son pays se tenait "fermement" aux côtés des autorités boliviennes.
Il a ajouté qu'il ne permettrait pas à des "criminels et trafiquants de drogue" de renverser des dirigeants démocratiquement élus.
La veille, le sous-secrétaire d'Etat Christopher Landau avait estimé que la Bolivie faisait face à une "tentative de coup d'Etat".
L'arrivée au pouvoir de M. Paz a mis fin à vingt ans de gouvernements socialistes dirigés par Evo Morales puis Luis Arce.