Plusieurs dizaines d'interpellations ont eu lieu samedi matin à Paris tandis que la tension montait dans plusieurs villes de France avec de premières actions et manifestations, à l'appel d'anciens gilets jaunes et de jeunes notamment, lors d'une journée de mobilisation protéiforme contre la "vie chère".
"À la fin du mois, je n’ai plus rien, les prix augmentent mais pas les salaires. On n’en peut plus, on étouffe", dénonce Franck, un fonctionnaire quadragénaire qui a manifesté à Guéret avec environ 300 personnes, dont un quart de lycéens.
À Marseille, Valenciennes, La Rochelle, des manifestants - certains avec des gilets jaunes - ont donné le coup d'envoi d'une mobilisation dont l'ampleur reste très difficile à évaluer, mais surveillée de près par des forces de l'ordre déployées en nombre.
À Paris, des contrôles stricts étaient réalisés pour faire respecter les arrêtés d'interdiction de manifester dans certains secteurs de la capitale avec une soixantaine d'interpellations à 11H00 et des interventions autour de deux cortèges sauvages, selon les autorités.
Parmi ces interpellations, 21 sont intervenues après une action devant le siège de CNews à Paris. Des jets de projectiles ont été lancés et des vitres brisées, entraînant l'intervention des forces de l'ordre pour disperser les individus, selon la préfecture de police.
Ailleurs en régions, des incidents ont également été recensés. Un bâtiment de la fac de lettres de Rouen a notamment été touché tôt samedi par un incendie vraisemblablement d'"origine criminelle" au regard des "premières constatations", selon une source proche du dossier.
À Marseille, un poste de police municipale a été pris pour cible par les manifestants.
À Lyon, les policiers ont dispersé à coups de grenades lacrymogènes près de 300 personnes rassemblées devant l'université Lyon 3 peu après 10H après que des manifestants ont commencé à crier "Siamo tutti antifascisti", a constaté l'AFP.
- Revendications "pas entendues" -
À Clermont-Ferrand, plusieurs centaines de personnes dont beaucoup de jeunes, ont défilé dans les rues derrière une banderole rouge "une seule solution la révolution".
"Nous sommes là parce que ça fait trois semaines qu'on crie nos revendications et elles ne sont pas entendues. Nous sommes là par solidarité avec les lycées délabrés", dit Lise, 16 ans, scolarisée en première dans un lycée du centre-ville.
À six mois de l'élection présidentielle, l'appel à faire renaître le mouvement des gilets jaunes, qui avait marqué le premier mandat d'Emmanuel Macron, a rencontré la protestation des lycéens et étudiants pour de meilleures conditions d'études.
Sur le site 17octobregiletjaune.net, l'appel à la mobilisation s'adresse aussi aux habitants des quartiers, paysans, ouvriers ou retraités, invités à descendre dans la rue et sur des ronds-points ou autour de stations-services, de péages ou d'axes de circulation.
L'ampleur de la mobilisation est difficile à anticiper, au premier jour des vacances scolaires et alors qu'une intersyndicale a pour sa part appelé les salariés du public et du privé à manifester et faire grève le 5 novembre, notamment pour les salaires et les services publics.
"Il faut que le gouvernement apporte des réponses politiques sur son budget, sur la question des salaires, sur le blocage des prix du carburant", a déclaré samedi sur RMC Agathe Le Berder, membre du bureau confédéral de la CGT, syndicat qui soutient les actions là où les "conditions seront réunies".
- Macron appelle au "calme" -
Emmanuel Macron a lancé vendredi, depuis Bruxelles, un appel "au calme".
Quelque 1.500 actions, manifestations ou blocages, étaient annoncés dans toute la France sur le site internet dédié.
"Des débordements sont anticipés dans les cortèges notamment parisiens et dans les grandes villes" et "les actions de blocage sur des axes structurants et des équipements majeurs, importants, essentiels, ne seront pas tolérées", a prévenu l'entourage de Laurent Nuñez.
Selon une source policière, quelque 150.000 manifestants sont attendus hors agglomération parisienne, autour de 40.000 à Paris.
Le parcours du cortège parisien a fait l'objet de discussions serrées avec la préfecture de police, qui a pris des arrêtés d'interdiction de manifester dans plusieurs secteurs stratégiques, autour de l'Elysée, de Matignon et incluant les Champs-Elysées. Organisations étudiantes et lycéennes, qui demandent depuis plus d'une semaine à être reçues par le Premier ministre, voulaient aller "jusqu'aux lieux de pouvoir" dans le centre de la capitale, ce qui n'a pas été autorisé.
Finalement, le départ de la manifestation a été fixé à 14H30 place de la République, en direction de la place de Clichy.
Ces derniers jours, le gouvernement a tenté de désamorcer le mécontentement de certains segments de la population : enveloppe de 500 et 700 millions d'euros débloquée pour le plan de relance agricole pour 2027, alors que le spectre d'une mobilisation des agriculteurs a ressurgi, prolongation d'aides à l'achat de carburants.
Côté politique, de nombreux députés LFI sont attendus dans les cortèges. La cheffe des Écologistes Marine Tondelier et le patron du Parti communiste Fabien Roussel sont aussi attendus.
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M.Arya--BD