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Plusieurs dizaines de milliers de personnes, 30.000 selon la police, ont défilé vendredi à Bruxelles contre la rigueur budgétaire, une manifestation sous haute surveillance en plein mouvement lycéen, marquée par des scènes de violences et des dégradations en marge du cortège.
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La police a indiqué avoir dû faire usage de canons à eau et de gaz lacrymogène après avoir essuyé des jets de projectiles -- "pavés, bâtons, bouteilles en verre, engins pyrotechniques" -- de la part de jeunes gens souvent vêtus de noir et masqués.
Conteneur à poubelles et trottinettes incendiés, bus saccagé; des incidents se sont encore produits en début d'après-midi dans le quartier de la Gare du Midi qui marquait le point d'arrivée du cortège, selon un photographe de l'AFP.
Des troubles n'ayant "aucun lien avec les revendications ni avec le déroulement" de la manifestation à l'appel des deux grands syndicats belges, a précisé la police.
De la Gare centrale à celle du Midi, en passant par le quartier des Marolles, les policiers antiémeutes ont fait face à des groupes de jeunes gens très mobiles cherchant visiblement à en découdre, selon une équipe de l'AFP.
Une vingtaine de suspects ont été arrêtés dont une majorité de mineurs, d'après un premier bilan de la police.
- Déficit de plus de 5 % -
Cette journée d'action nationale était organisée alors que le Premier ministre Bart De Wever négocie avec ses partenaires de coalition un effort budgétaire massif. Il cible des économies de 10 milliards d'euros d'ici à la fin de la législature en 2029, afin de réduire un déficit dépassant les 5 % du PIB.
Le dirigeant conservateur flamand espère aboutir à un compromis au sein du gouvernement d'ici au 13 octobre, date à laquelle il doit présenter sa feuille de route budgétaire au Parlement.
De leur côté, les syndicats redoutent que cette coalition de cinq partis ancrée au centre-droit repousse une nouvelle fois l'option d'une possible taxation des hauts revenus pour résorber les déficits abyssaux.
De nombreux slogans dans la manifestation évoquaient les écarts croissants de richesses et le souhait de voir les hauts revenus davantage contribuer aux efforts.
"La facture ne peut une nouvelle fois être présentée aux citoyens ordinaires", a averti le syndicat chrétien CSC, première organisation du pays.
Prêt à réduire de plusieurs milliards d'euros les dépenses de santé et à relever la TVA en pleine période d'inflation, Bart De Wever affirme être contraint à des "choix audacieux et difficiles", après que ses prédécesseurs ont laissé filer déficit public et endettement.
Entré en fonctions en février 2025, son gouvernement s'est très vite heurté à un front syndical mobilisant régulièrement des milliers de personnes dans les rues de Bruxelles, jusqu'à plus de 80.000 en octobre dernier et à la mi-mars.
Les rangs des manifestants ont été gonflés vendredi par des lycéens et étudiants dénonçant les coupes budgétaires qui frappent l'enseignement en Belgique francophone.
- "Accélération de la dégradation" -
"Si on ne se bat pas maintenant, si on ne remet pas maintenant en question le pouvoir, ça va devenir de pire en pire", a déclaré à l'AFP Lola Timmermans, étudiante en communication.
La mesure qui cristallise la colère est le relèvement des droits d'inscription (le "minerval") dans les grandes écoles et universités francophones.
La réforme a été au coeur des protestations qui ont secoué depuis le 1er octobre les établissements de l'enseignement secondaire, avec des manifestations marquées quasi quotidiennement par des violences et dégradations à Liège (est).
Le ministre belge de l'Intérieur, le libéral Bernard Quintin, a fustigé l'action de "casseurs" dans la cité wallonne.
Dans l'enseignement, "il y a une accélération de la dégradation, les gens en ont marre. Comme les enseignants, les élèves voient aussi que ça se dégrade", a dit à l'AFP Luc Toussaint, un responsable de la CGSP Enseignement, affiliée au syndicat socialiste FGTB.
Selon le député socialiste bruxellois Martin Casier, l'exécutif de la fédération Wallonie-Bruxelles (l'entité fédérée qui gère l'enseignement côté francophone) doit revenir sur la hausse du "minerval".
"60 % de la population étudiante va payer le minerval plein (soit environ 1.200 euros par an, NDLR), c'est faux de dire que les épaules les plus larges paieront plus".