Une embarcation surchargée, un moteur qui prend feu et une opération de sauvetage d'une rare ampleur : 157 migrants ont été secourus au large de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) mardi alors qu'ils tentaient de rejoindre clandestinement le Royaume-Uni.
Dans la matinée, l'embarcation de fortune "a pris feu à la limite des eaux françaises et britanniques, conduisant ses occupants à se jeter à l'eau", a détaillé la préfecture du Pas-de-Calais en milieu de matinée.
"Pour l'instant, nous n'avons aucun blessé grave à déplorer", a souligné dans l'après-midi Thierry Darras, directeur adjoint du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Pas-de-Calais, lors d'un point-presse au port de Boulogne-sur-Mer.
Il a en revanche fait état de "blessés légers, (...) des écorchures, des brûlures, des ecchymoses".
Il s'agit de l'une des principales opérations de secours en mer depuis le début des traversées de la Manche à bord de "small boats", du nom des embarcations précaires, en 2018.
"Cet incident souligne les terribles dangers des traversées par small boats", a réagi le gouvernement britannique, qui dit "continuer de travailler sans relâche avec la France et nos partenaires" pour les empêcher.
Le bateau était parti lundi de Veules-les-Roses, en Seine-Maritime, a précisé dans un communiqué la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar).
- Moteur en feu -
Dans un premier temps, dans la nuit de lundi à mardi, cinq passagers du bateau "nécessitant d'être secourus" avaient été pris en charge et débarqués à Boulogne-sur-Mer, selon la Prémar. Les autres personnes à bord avaient alors "refusé le secours proposé par les moyens français".
Mardi matin, alors que le small boat approchait des eaux britanniques, son moteur a pris feu et "l'intégrité de l'embarcation (s'est dégradée) très rapidement", ajoute la Prémar.
De nombreux navires ont alors été mobilisés dont deux "bâtiments britanniques de la Border Force" et un canot de sauvetage de la Royal National Lifeboat Institution (RNLI), détaille la Prémar.
Ce canot a été déclenché à 6H00, heure locale (7H00, heure de Paris), a précisé la RNLI.
Les migrants secourus ont été pris en charge sur trois bateaux jusqu'à Boulogne-sur-Mer, a précisé la préfecture du Pas-de-Calais. En début d'après-midi, ils finissaient d'être débarqués de l'un des bateaux, a constaté une journaliste de l'AFP.
Enveloppés dans des couvertures rouges qui leur avaient été distribuées à bord des bateaux, les rescapés ont ensuite été dirigés vers des bus affrêtés pour eux.
Ces dernières semaines, des témoins ont assuré à l'AFP avoir vu apparaître des canots plus longs, dépassant les 12 m contre 8 à 10 m habituellement.
- 65 personnes par embarcation -
La semaine dernière, un jeune homme de 19 ans a comparu devant un tribunal britannique, accusé d'avoir piloté la semaine précédente un bateau qui avait transporté 167 personnes.
Ce "mode d'action (...) s'étend singulièrement", a récemment déploré la Prémar auprès de l'AFP, soulignant en outre que "le nombre de personnes par embarcation ne cesse d'augmenter" : il est passé de 26 en 2021, à 65 depuis début 2026.
Les gouvernements britanniques successifs ont tous promis de lutter contre ces traversées illégales de la Manche, alors que le phénomène a contribué à l'essor du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage ces deux dernières années.
Un nouvel accord pour tenter d'empêcher les traversées clandestines de la Manche a été conclu en avril entre Paris et Londres.
Reform UK a estimé que l'intervention de navires britanniques dans le sauvetage de mardi prouverait que le plan présenté lundi par le parti, qui veut déployer la Royal Navy dans la Manche contre les traversées de small boats, est "applicable".
"Ces traversées sur des embarcations surchargées et dangereuses sont un désastre humanitaire en puissance", a ajouté le parti.
Trois femmes et un homme sont décédés la semaine dernière dans des tentatives de traversée de ce type et 15 depuis le début de l'année, selon un décompte de l'AFP.
Depuis le 1er janvier, 14.526 personnes ont rejoint clandestinement la Grande-Bretagne par la mer, selon les chiffres officiels des autorités britanniques. Un nombre en baisse de plus de 40% par rapport à la même période en 2025.
Environ 200.000 personnes ont rejoint le Royaume-Uni par small boats depuis 2018.
cor-cla-jj-elt-kau/cln/tes
P.Raval--BD